#Togo #Egypte #Révolution Horizon bouché pour la jeunesse au pays de Gnassingbé et Sissi

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Le Caire (Égypte), correspondance.–  Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi libère des prisonniers politiques ! L’annonce peut a priori surprendre dans cette Égypte qu’il dirige avec un niveau de répression généralisée inédit dans l’histoire moderne du pays. Alors que la presse reste muselée et la société civile asphyxiée, le maréchal al-Sissi a décidé d’accorder l’amnistie à plusieurs dizaines de jeunes emprisonnés qui, pour la plupart, avaient manifesté contre le régime.

Le président doit publier un décret début janvier 2017 pour valider une nouvelle liste de détenus bénéficiant de la grâce présidentielle établie par le Comité pour les jeunes prisonniers, créé en octobre 2016 à cet effet. La première liste avait été officialisée en novembre 2016. Quelque 82 jeunes détenus avaient alors franchi les murs de la prison. Leurs proches étaient présents pour les accueillir ainsi que toute la presse locale, prête à recueillir leurs témoignages. Cette médiatisation avait été encouragée par les autorités, les mesures de clémence envers les opposants politiques étant devenues si rares dans cette Égypte verrouillée.

Lors de la Conférence nationale sur la jeunesse organisée à Charm El-Sheikh fin octobre, le président avait solennellement fait cette promesse d’amnistie à la demande de certains participants. Sur les réseaux sociaux, l’événement avait été raillé par les internautes à travers le hashtag [mot-dièse] en arabe Esh-shabab fein ? (« Où sont les jeunes ? »). Réponse sous-entendue : en prison ou en exil. Dans la foulée de cette conférence, le chef de l’État avait formé le Comité pour les jeunes prisonniers, dirigé par une figure médiatique, Tarek el-Khouli, l’un des plus jeunes députés du Conseil des représentants (31 ans), l’unique chambre du parlement égyptien. Rappelant son passé d’étudiant épris de liberté, Tarek el-Khouli explique que l’initiative du président a pour objectif de « tourner la page de la période révolutionnaire durant laquelle de nombreux jeunes furent arrêtés », qu’il s’agisse du soulèvement populaire de 2011 contre le régime d’Hosni Moubarak ou des manifestations qui ont entouré le coup d’État militaire contre le président issu des Frères musulmans Mohamed Morsi, en juillet 2013.

Un journaliste égyptien emprisonné en 2015 avec le mot "journaliste" écrit sur son bâillon © ReutersUn journaliste égyptien emprisonné en 2015 avec le mot « journaliste » écrit sur son bâillon © Reuters

« La plupart de ces jeunes ont été détenus dans un contexte exceptionnel », insiste Tarek el-Khouli, dans son somptueux bureau qui imite le style « château de Versailles » qu’affectionne la bourgeoisie cairote. « À cette époque, les autorités ont été surprises et dépassées. Il ne s’agit pas de remettre en question les décisions prises par la police et les juges qui, à ce moment-là, n’ont fait qu’appliquer la loi interdisant de manifester, sans vraiment tenir compte de la spécificité du contexte général. Notre rôle aujourd’hui, alors que l’Égypte devient plus apaisée, est de sortir officiellement de cette période de troubles en donnant une seconde chance à des jeunes qui ont pacifiquement manifesté leur colère et leur désapprobation. »

Jeune chirurgien et poète, Ahmed Said a été condamné en décembre 2015 à deux ans d’emprisonnement pour avoir, selon un tribunal du Caire, participé à une commémoration interdite du quatrième anniversaire des affrontements de la rue Mohamed-Mahmoud (qui part de la place Tahrir). Libéré de la prison Al-Aqrab (« Les Scorpions »), à l’infâme réputation, le jeune activiste est traumatisé par la torture qu’il dit avoir subie, les semaines passées en cellule d’isolement et par une grève de la faim entamée avec ses codétenus pour protester contre les privations continues.

« Lorsque je suis sorti de prison, les autorités m’ont demandé de m’exprimer à la télévision pour remercier le président. J’ai refusé de participer à cette mascarade médiatique », raconte Ahmed Said, avec la crainte d’être encore et toujours surveillé de près par les services de renseignement (les fameux Moukhabarat) et les agents de la Sécurité nationale (El-Aman El-Watani). « Je ne ressens pas de gratitude envers les autorités, c’est même l’inverse, explique-t-il. Bien sûr, je ne peux pas nier la joie que j’ai ressentie en apprenant que j’allais être libéré. Mais le fait de laisser derrière moi des milliers d’autres prisonniers politiques a été très douloureux. Il m’est impossible de savoir avec exactitude la raison de ma libération, mais j’imagine que, mon affaire ayant été médiatisée, cette décision relève de la propagande d’État. »

Comme de nombreux jeunes activistes, Ahmed Said souhaite désormais fuir l’Égypte, sans toutefois renier son combat. « La réconciliation nationale réelle, que toute personne raisonnable espère, ne se produira que lorsque les responsables de la situation actuelle seront jugés, lorsqu’un dialogue démocratique sera établi entre le régime, le courant islamique et tous les autres qui, comme moi, plaident pour un État qui respecte véritablement les droits de l’homme », clame-t-il avec l’aplomb du manifestant convaincu.

Egypte: l’état de grâce selon Sissi    Mediapart <iframe src= »//www.googletagmanager.com/ns.html?id=GTM-MMWHT7″ height= »0″ width= »0″ style= »display:none;visibility:hidden »></iframe>

« Le problème du processus actuel est qu’il nie la liberté d’opinion »

Le processus enclenché par le président al-Sissi exclut toutes les personnes condamnées pour des faits de violence ou pour appartenance à un mouvement terroriste. Si cette incrimination vise régulièrement les défenseurs des droits de l’homme les plus pacifiques, elle cible prioritairement les partisans des Frères musulmans, bête noire du régime depuis la destitution de Mohamed Morsi, actuellement emprisonné pour au moins vingt ans au titre d’innombrables chefs d’inculpation.

« L’amnistie présidentielle est, en l’occurrence, vidée de sa substance dès lors qu’elle est utilisée dans un contexte où la lutte contre le terrorisme justifie le renoncement à l’idée même de procès équitable », fustige l’avocat Halim Hanesh, qui suit nombre de dossiers de prisonniers en tant que membre de la commission égyptienne pour les droits et libertés (ECRF en anglais), une ONG régulièrement tourmentée par les autorités.

La volonté affichée de réconciliation avec la jeunesse engagée semble vaine aux yeux de cet activiste reconnu. Non seulement le nombre de prisonniers libérés représente une goutte d’eau en comparaison des 40 000 jeunes (au minimum) qui croupiraient en prison, selon les estimations de l’ECRF – l’État ne publiant aucune donnée officielle à ce sujet –, mais le régime a, de surcroît, exclu de ces listes une partie importante des détenus.

« Si le régime souhaitait réellement encourager un processus de réconciliation nationale, estime Halim Hanesh, l’amnistie présidentielle devrait bénéficier à tous les symboles de l’opposition, y compris les partisans des Frères musulmans dont la plupart sont détenus pour simple appartenance à ce mouvement, sans avoir jamais perpétré de violences. Le problème fondamental du processus actuel est donc qu’il nie la liberté d’opinion ayant conduit à tous ces emprisonnements. »

L’actuel processus de grâce présidentielle n’intervient d’ailleurs pas au cours d’une période d’accalmie dans la répression des voix discordantes. Bien au contraire, il coïncide avec le vote par le parlement de lois particulièrement liberticides. Fin décembre 2016, le président a promulgué la première loi de la réforme de la presse, qui instaure notamment une autorité de contrôle dont le dirigeant sera nommé par le chef de l’État lui-même. C’est dans ce contexte que la justice pénale menace les trois principaux dirigeants du Syndicat des journalistes. Son président, Yehia Kalash, et deux autres membres importants du bureau, Khaled el-Balshy et Gamal Abdel Rahim, risquent la prison, pour la première fois dans l’histoire de cette institution, pour avoir, en mai 2016, « hébergé » dans les locaux de celle-ci, deux jeunes journalistes recherchés par la police.

Ce contexte inquiète les proches d’Ahmed Abou Zeid, alias Shawkan, un photographe désormais célèbre, arrêté en août 2013, alors qu’il couvrait la dispersion sanglante d’une manifestation de partisans du président déchu Mohamed Morsi sur la place Rabiaa el-Adaweya, au Caire. Actuellement emprisonné dans le cadre d’une interminable détention “provisoire” dans la tristement célèbre prison de Tora, il partage une cellule avec douze autres détenus, selon son frère, Mohamed Abou Zeid. « Il souffre d’une hépatite C et d’une anémie aiguë qui ne sont pas traitées par l’administration pénitentiaire, s’inquiète ce dernier. Mais c’est presque rien comparé à son état psychologique. Nous n’avons absolument aucun contact avec les autorités qui puissent laisser penser que le président lui accordera l’amnistie. Nous nous trouvons dans une impasse immense sans savoir comment en sortir. »

Quant aux défenseurs des droits de l’homme, les autorités ont accru la répression à leur encontre. La loi sur la régulation des ONG, votée fin novembre par le parlement, donne un an aux diverses organisations pour se conformer à la réglementation en vigueur, notamment celle qui restreint sévèrement les financements provenant de l’étranger. Elle instaure un organe de contrôle dont le chef sera, là aussi, nommé par le chef de l’État. Depuis le vote de cette loi, de nombreux noms ont été ajoutés à la longue liste des activistes interdits de quitter le territoire égyptien et certains d’entre eux ont vu leurs comptes bancaires personnels et professionnels gelés par les autorités. Une solution efficace pour remplacer la prison, pour faire taire les voix dissidentes.

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